LE VIEUX PARIS

Quand Paris s’appelait Lutèce

Au début de notre ère, déjà,  les Romains avaient été séduits par les atouts naturels de la ville, son fleuve, ses îles, ses collines, qui leur rappelaient Rome. Au point d’y installer au moins  deux de leurs empereurs,  Justin et Valentinien, et d’y  importer leur savoir faire, leur génie architectural et civil, et leurs matériaux, la pierre et la brique, jusque là inconnus, pour faire de Lutèce une petite Rome (cf  "le Paris Antique").
Rien ne manque : thermes, théâtres, arènes, temples, aqueducs, fontaines, et un réseau extraordinaire de voies principales et secondaires.

Paris est alors essentiellement basé sur l’ile de la Cité, et les rives de la Seine. Progressivement, ce petit Paris deviendra grand, et dense, de plus en plus dense. 

Des frontières sans cesse repoussées.

 

Paris au Moyen-Age

 Au Vème siècle, Lutèce devient Paris, et réutilise les édifices hérités de la période gallo-romaine. Depuis Clovis, c’est une dynastie de rois catholiques  qui la gouvernent dorénavant,  et qui, tout en agrandissant le royaume,  font bâtir des lieux de culte qui sont à l’origine des plus belles églises  encore existantes : Saint-Germain-des  Prés, Saint-Julien le Pauvre, Saint-Séverin, Saint-Gervais.

Hélas, à la fin du IXème siècle, la ville doit affronter les pillages, les destructions brutales et le très long siège imposés par les Normands et les Vikings. Mais  Paris résiste, et se relève de ses ruines.  La ville s’étend, se développe, au plan universitaire sur la rive gauche (cf. la visite du Quartier Latin),  au plan économique sur la rive droite, grâce au roi, mais aussi au prévôt des marchands, à l’Eglise, aux corporations des métiers. Parmi les facteurs notables de cet essor, il faut citer les actions entreprises par Philippe Auguste, notamment, pour combattre l’insalubrité de la ville. Les principales rues sont pavées.  Et la capitale  est dorénavant protégée par une enceinte, muraille de pierre que surplombe un chemin de ronde, et flanquée à intervalles réguliers de tours de guet, complétées par la forteresse du Louvre, à l’Ouest. La pierre est aussi utilisée, de préférence au bois qu’elle supplante progressivement, pour construire des églises, des hôtels, des bâtiments publics. Au XIVème siècle, un premier égout – encore très insuffisant bien sûr – est ouvert.

A côté de ces actions urbanistiques, Paris bénéficie d’une grande révolution architecturale. L’architecture  gothique succède à l’architecture romane. Paris est alors un grand chantier, qui réunit les meilleurs architectes et artistes, et nous offre les plus merveilleux monuments : Notre Dame de Paris et la Sainte-Chapelle (cf. l’Ile de la Cité) ou l’hôtel de Sens (dans le Marais).

 

A tel point que Paris devient au XIIIème siècle, et dans la première moitié du XIVème siècle, la première ville d’Europe,  la plus belle, la plus moderne, et la plus peuplée. 

Paris au XVIème siècle

Le XVIème siècle, après un très long  et très  agité Moyen-Age, est considéré comme le siècle de la Renaissance. En architecture, le style Renaissance nous vient d’Italie, et s’adapte au goût français, plus classique. François 1er aime faire appel aux artistes italiens. C’est ainsi le Boccador qui est chargé de construire l’Hôtel de Ville, dans le plus pur style Renaissance. La forteresse du Louvre est transformée en résidence royale, et la reine Catherine de Médicis commande la construction du Palais des Tuileries, qui sera rattaché au Palais du Louvre   -  avant de disparaitre à jamais dans les flammes de l’incendie allumé par les Communards.

 

La présence des rois et reine à Paris attire la bourgeoisie et  l’aristocratie, qui se font  construire des hôtels particuliers typiquement parisiens (Hôtel  d’Angoulême et hôtel Carnavalet dans le Marais).  C‘est surtout au XVIIème siècle que ce type de bâtiments  va connaitre un développement spectaculaire.

Paris au XVIIème siècle

A l’aube du XVIIème siècle, Paris est toujours une ville fortifiée, et encore médiévale par beaucoup d’aspects. Les ponts sont bordés de maisons. Ces maisons sont encore majoritairement en bois, et les incendies qui les ravagent régulièrement se propagent de manière dramatique. Puis  le bon roi Henri  est arrivé avec son panache blanc. Le premier, Henri IV va donner à la ville une vraie dimension urbanistique. Les premières vraies places sont créées. Et quelles places ! La place Dauphine  (Ile de la Cité), et la place Royale, rebaptisée place des Vosges (le Marais). Sur les façades des bâtiments qui encadrent ces places, un nouveau style architectural apparait, où l’alliance de la pierre, de la brique et de l’ardoise fait merveille. (Et long feu ! La pierre de taille fera un retour en force par la suite). C’est aussi à Henri IV qu’on doit  le premier pont sans maisons. Et quel pont ! Le Pont Neuf  (Ile de la Cité), magnifique ouvrage monumental, le plus long  et le plus large des ponts sur la Seine, et toujours debout !

 

En grand religieux qu’il est (en réaction à son père ?) Louis XIII ne rate pas la pose de la première pierre des églises dont la construction jalonne son règne. Ces églises se distinguent des églises médiévales. Si les croisées gothiques subsistent, les façades sont débarrassées des couleurs qui les paraient alors. Exit également les vitraux colorés. Place aux vitres blanches qui laissent entrer la lumière à flot.  On peut le vérifier en visitant les magnifiques églises Saint-Paul-Saint Louis (le Marais), St-Louis en l’Ile (Ile St-Louis), ou Saint-Sulpice.

Les constructions profanes ne sont pas en reste. Mais on les doit aux particuliers, ces bourgeois et aristocrates qui s’établissent dans le Marais puis dans l’Ile Saint-Louis, et font appel à des architectes prestigieux (Mansart, Le Mercier, Le Vau) pour construire de magnifiques hôtels particuliers entre cour et jardin, qui, après avoir subi les foudres des révolutionnaires, ont heureusement pu renaitre de leurs cendres.

Louis XIV, on le sait, a préféré s’installer à Versailles, son grand œuvre. Il n’a pas pour autant négligé la capitale, qu’il va débarrasser des murs d’enceinte qui l’étouffaient, avantageusement remplacés, à l’emplacement de nos grands boulevards,  par des promenades plantées, flanquées  de deux portes en forme d’arcs de triomphe à sa gloire. La plus belle de ces promenades est sans contexte le long des Champs Elysées. Il y aura encore des places royales, plus classiques et sobres dans leur conception : la place des Victoires et la place Vendôme. 

 

Louis XIV aimait par-dessus tout  les arts, et il créera l’Académie de l’Architecture, après avoir développé les Académies royales de Peinture et Sculpture instituées sous la régence de sa mère. Il aimait aussi beaucoup la guerre.  Et il a voulu témoigner sa reconnaissance aux vaillants soldats qui ont versé le sang pour lui au cours des batailles qui ont marqué ses 64 ans de règne, en construisant pour le repos des guerriers qui en sont revenus – en piteux état – le magnifique hôtel des Invalides, véritable ville dans la ville.

Paris au XVIIIème siècle

Au XVIIIème siècle, Paris continue de croitre et d’embellir. De nouvelles places grandioses (Vendôme, Concorde) voient le jour. Les nouveaux quartiers à la mode (Palais Royal, Saint-Germain des Prés) s’enrichissent de magnifiques hôtels particuliers. La promenade des Champs Elysées est prolongée, et bordée de cafés, cabarets et autres lieux de divertissement. Les nouvelles églises (Sainte-Geneviève, Madeleine) s’inspirent pour leur conception des temples antiques. 

Et une nouvelle enceinte vient entourer ce Paris agrandi : l’enceinte des fermiers généraux, dont le rôle est autant protecteur que fiscal.

Paris au XIXème siècle

Tout au long de l’Ancien Régime, comme on l’a vu, Paris a constamment évolué, dans le sens de l’embellissement. Mais il faudra attendre le 19ème siècle pour une réelle transformation, plus, une métamorphose de la ville.

Dans la première moitié du XIXème siècle, sous le Premier Empire et la Restauration,  la modernisation de la ville amorcée timidement auparavant, s’accélère :  extension du réseau des égoûts, mise en place de l’éclairage public au gaz, numérotation des rues.

De nouveaux quartiers sont aménagés (cf la Nouvelle Athènes). De gigantesques travaux de creusement du canal de l’Ourcq sont entrepris (le canal Saint-Martin). Trois grands cimetières, dignes de ce nom et ouverts à tous (Père Lachaise, Montparnasse et Montmartre), qui sont aussi  des jardins, fleurissent à la périphérie. Et bien sûr, des monuments à la gloire de l’Empereur sont érigés, tels que l’arc de Triomphe ou  la colonne Vendôme.

Mais il faudra attendre la seconde moitié du XIXème siècle et le Second Empire pour assister à un véritable bouleversement.  Cette révolution urbaine, on la doit au duo formé par Napoléon III et le Préfet Haussmann, doublé d’un trio  de choc, Belgrand, Alphand et Davioud.

 

Paris est alors un chantier titanesque, dont les travaux s’étalent sur 17 ans ! Les quartiers insalubres, vestiges encore nombreux du Moyen-Age, sont rasés, ou éventrés pour laisser la place aux grandes artères, au détriment des ruelles tortueuses dont on peut, bien sûr, regretter le pittoresque (surtout quand on n’y vit pas, entassés dans des appartements bien sombres, dans une promiscuité qui favorise les épidémies).  20.000 maisons vétustes sont détruites, mais  40.000  autres  sont construites, qui sont dotées du confort moderne, y compris les premiers logements sociaux. Il est bien sûr permis de critiquer Napoléon III, son souhait  de modifier la topographie en vue d’empêcher toute récidive de barricades, les « comptes fantastiques » d’Haussmann. Mais il convient aussi de reconnaitre les multiples avantages  apportés  à la ville, une ville complètement redessinée, dont les souterrains sont traversés par des  réseaux d’adduction d’eau et de gaz extraordinaires, où chaque quartier comporte au moins un square permettant à tous les habitants de profiter de poumons verts, où la circulation est facilitée, et où les innovations techniques et les nouveaux matériaux sont mis à l’honneur. Ainsi du métal  qui sera utilisé dans la construction  des Halles par Baltard, dans celle des gares, du Nord par Hittorf, de Lyon par Cendrier, de l’Est par Duquesney.

les lieux de divertissement et de culture, fort prisés par une bourgeoisie prospère, ne sont pas oubliés. Le majestueux Opéra Garnier, les théâtres de la place du Chatelet, parmi de nombreux autres,  en sont les exemples les plus emblématiques. « La Vie parisienne » bat son plein ainsi que l’a fait chanter Jacques Hoffenbach. Et quand on n’est pas fortuné, on peut se détendre dans ces nouveaux parcs à l’anglaise que sont les Buttes Chaumont, Montsouris et Monceau.

Même le mobilier urbain fait une entrée remarquée : les réverbères en fonte, les colonnes Morris, de même que les fontaines Wallace, encore présents aujourd’hui et dont on ne saurait se passer.

A côté de ces réalisations profanes, de nouveaux édifices religieux  voient le jour : La Trinité, Saint-Augustin, et Saint-Eugène-Sainte-Cécile.

Paris  modernisée, Paris aérée, Paris embellie, et Paris agrandie. Le 1er Janvier 1860, les villages périphériques sont rattachés à la capitale, et 400.000 villageois se réveillent parisiens. Le choc ! Paris compte désormais 20 arrondissements,  chacun  d’eux s’enrichissant d’un bel  édifice pour accueillir sa mairie.

On organise également plusieurs expositions universelles,  qui viennent renforcer encore une économie en plein essor, et dont le plus remarquable vestige est la Tour Eiffel, LE symbole de Paris.

 

Dans tous les domaines, le XIXème siècle est spectaculaire.