À près les Femmes Artistes, il était tentant de présenter des Femmes Savantes, des Femmes de Lettres, etc. Mais il a été décidé de rendre hommage à celles qui peuvent toutes les représenter, au fond : les frondeuses, les combattantes, les résistantes. En tous cas à certaines de ces dernières.

Les frondeuses, les combattantes, les résistantes ...

Pour se libérer de la réserve dans laquelle on les cantonne, les femmes doivent se rebeller, se battre, résister ....

Ninon de Lenclos (1620_1705)

Née en 1620 dans une famille noble, elle suivra les traces de son père, philosophe et épicurien. Riche, formée aux études classiques et à la musique (elle joue du luth, fort bien), c'est une femme d'esprit, à laquelle personne ne résiste. C'est surtout une femme libre, qui brise allégrement tous les tabous de l'époque à l'égard de son sexe. Elle dira d'ailleurs : "Dans mon enfance, j'ai réfléchi sur le partage inégal des qualités qu'on exige dans les femmes et dans les hommes ... Dès ce moment, je me suis faite homme". Une bonne façon d'affirmer son indépendance, revendiquée par beaucoup de ses contemporaines, mais rarement obtenue.

Les qualités et la personnalité de Ninon ont attiré dans ses salons du Marais, et dans son lit, les hommes les plus influents et les plus spirituels de son temps. On ne compte pas le nombre de ses amants éperdument amoureux, de Coligny au Grand Condé, en passant par les Sévigné, père et fils, ou le Duc de la Rochefoucault, et tant d'amiraux, chevaliers ou hommes de lettres. Le dernier en date, un jeune abbé, la courtisera alors qu'elle a 80 ans.  Elle ne renoncera à sa vie virevoltante  qu'un an plus tard, et s'éteindra paisiblement à l'âge de 85 ans.

Les combats des femmes pour la liberté ne prennent pas tous ce tour aimable, notamment dans les périodes troublées, où ils peuvent être dramatique. Sous la Révolution Française, deux figures de femmes se détachent : Olympe de Gouges et Madame Rolland.

Olympe de Gouges (1748-1793)

Ninon de Lenclos était admirée par Olympe de Gouges, qui en parle dans les pièces de théâtre qu'elle écrit. Dans la première de ses pièces, Olympe de Gouges, femme libre, veuve à 20 ans alors qu’elle est mère d’un garçon, ose dénoncer l’esclavage. Elle n’écrit pas que des pièces. Elle écrit aussi  des textes parmi  lesquels, comble de l’audace, la « Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne ».  Elle propose des réformes sociales, et un impôt sur la fortune pour les financer. Elle innove en organisant des manifestations de femmes. Etant contre la peine de mort, elle ose aussi critiquer la Terreur ! Erreur fatale ! Elle a été guillotinée après avoir été emprisonnée dans des conditions épouvantables. 

Madame Roland (1754-1793)

Manon Roland, plus connue sous le nom de Madame Roland suivra exactement le même chemin qu’Olympe de Gouges. Ayant lu, très jeune, les philosophes des Lumières, elle épouse avec enthousiasme la cause révolutionnaire et ses idées généreuses. Mais  elle aura le tort de se désolidariser et de critiquer la Terreur. Arrêtée en juin 1793 et emprisonnée pendant de longs mois, période qu’elle mettra à profit pour rédiger ses mémoires, elle sera condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire, et  d’après la légende, s’écriera en montant sur l’échafaud, en novembre 1793 : "O liberté, que de crimes on comment en ton nom !"  Qu'elle en soit ou non l'auteur, la phrase est trop belle et trop profonde à la fois pour ne pas être reprise ici.

Les révolutions représentent une brèche dans laquelle les revendications féminines  peuvent s’engouffrer. Ainsi,  la Commune de Paris a vu surgir une figure mythique, Louise Michel, infatigable militante de la liberté et de la justice,  anarchiste, antimilitariste, qui sera condamnée et envoyée au bagne en Nouvelle Calédonie, où elle exigera d’être traitée comme (aussi durement que) un homme.

 

 Tout naturellement, les guerres vont également révéler le courage et la force de caractère des femmes, qui se battent souvent dans l’ombre, et dont les actions n’en sont pas moins remarquables. Il ne s’agit plus seulement pour elles de défendre leurs droits. Il s’agit de défendre la France. Beaucoup de ces femmes sont restées dans l’ombre. Mais cet oubli tend progressivement à être réparé. N’a-t-on pas accueilli au Panthéon deux grandes résistantes de la seconde guerre mondiale : Germaine Tillon et Geneviève Antonioz de Gaulle ? On connait Lucie Aubrac. On connait moins Berthie Albrecht, l’une des  six « compagnons de la Libération » féminines, et encore moins Rose Valland. C’est pourquoi j’ai choisi de rendre hommage à son action dans la visite consacrée au Paris de l’Occupation.

 

 

      Elles avaient le droit d’être brûlées comme « sorcières » au Moyen-Age, et au-delà. Comme les hommes, elles avaient le droit de monter sur l’échafaud, d’être déportées au bagne, emprisonnées, torturées, exécutées.  Pour avoir le droit de voter, les françaises devront attendre  l’année 1945, et 22 ans de plus pour gagner leur autonomie financière, grâce à la loi du  qui leur permet d’ouvrir un compte en banque. « Mieux vaut tard que jamais » dit le dicton populaire, mais que de « patience et longueur de temps » !

© P. Malzieu – tous droits réservés